Avec Ce lieu-là, le musée Estrine consacre sa première exposition monographique d’envergure à Marine Wallon. Plus de soixante œuvres permettent de découvrir quinze années de recherche d’une artiste qui transforme les paysages en espaces ouverts, instables et profondément personnels.
Un paysage qui ne demande pas à être reconnu
Que reste-t-il d’un paysage lorsqu’on cesse de chercher à le reconnaître ? Chez Marine Wallon, un paysage n’est jamais tout à fait un endroit précis. Il peut partir d’une capture d’écran trouvée dans une archive documentaire oubliée ou d’une observation réalisée sur le motif. Mais la peinture s’éloigne systématiquement de sa source.
Les lieux deviennent alors des espaces à parcourir plutôt qu’à identifier. Plusieurs points de vue peuvent cohabiter dans une même toile, pour créer des perspectives qui se croisent et des compositions dans lesquelles le regard ne trouve pas immédiatement de point d’arrêt. La peinture fonctionne en quelque sorte comme un territoire à explorer. Et cette impression est encore renforcée par la présence discrète de personnages ou d’animaux. À peine identifiables, ils semblent traverser ces espaces sans vraiment les habiter. Leur anonymat laisse surtout la place à celui qui regarde, invité à projeter ses propres souvenirs et associations sur ces lieux volontairement indéterminés.

Quinze ans pour faire du paysage une expérience
L’exposition du musée Estrine permet justement de comprendre comment Marine Wallon a progressivement construit ce langage. Depuis ses premières toiles réalisées à partir de 2013, l’artiste s’est éloignée des conventions du paysage pour s’intéresser à ce que signifie réellement un « lieu ».
Ses peintures oscillent ainsi constamment entre figuration et abstraction. Une forme peut évoquer un rocher, une vague ou un sol avant de devenir, quelques instants plus tard, une simple masse colorée. La couleur joue ici un rôle essentiel : intense, parfois presque saturée, elle donne aux œuvres leur atmosphère et leur capacité à faire surgir des sensations plutôt que des images immédiatement lisibles. La matière participe elle aussi à cette expérience. À côté de larges aplats lisses apparaissent des surfaces plus épaisses, travaillées avec des grattoirs, spatules, chiffons ou encore de la laine de verre. Le geste ne cherche pas seulement à représenter une texture : il donne à la peinture une présence physique au paysage.
Avec plus de soixante peintures, dessins et gravures, Ce lieu-là propose ainsi bien davantage qu’un panorama de quinze années de création. L’exposition permet de suivre une artiste qui transforme progressivement le paysage en espace mental. Un endroit où la mémoire, l’imagination et le regard peuvent circuler librement.
Marine Wallon, Ce lieu-là
Musée Estrine – Saint-Rémy-de-Provence
Jusqu’au 20 septembre 2026
