À White Cube Paris, Christian Marclay poursuit une recherche engagée depuis plusieurs décennies autour des relations entre image et son. Jusqu’au 10 octobre 2026, l’exposition réunit de nouveaux monotypes et collages consacrés au disque vinyle, un objet qui accompagne la pratique de l’artiste depuis plus de quarante ans.
Le disque comme matériau
Christian Marclay travaille depuis longtemps à partir d’objets et d’images existantes. Dans cette nouvelle série, il s’intéresse particulièrement aux pochettes et aux enveloppes en papier ou en carton qui accompagnent les disques. Le format carré des pochettes devient ainsi son cadre de travail. Et Marclay s’intéresse notamment à leurs surfaces, mais aussi aux traces laissées par leur utilisation : plis, froissements, marques… L’objet destiné à protéger le disque devient ainsi à la fois matériau artistique et image.
Cette attention portée au vinyle s’inscrit dans une pratique nourrie par la musique, la performance et le goût du détournement. Dès les années 1970, Marclay s’intéresse notamment à Fluxus, au punk et aux expérimentations autour du disque. Il crée alors ses propres dispositifs et explore les usages inhabituels du vinyle.
Des « images fantômes »
Les monotypes présentés à Paris sont réalisés à partir des pochettes originales. Marclay applique directement de l’encre sur leur surface avant de les passer sous une presse à rouleau. Le procédé produit une impression unique sur papier. Le résultat conserve certaines caractéristiques de l’objet de départ, mais de manière transformée. L’absorption du papier, les zones brillantes ou mates et les marques d’usure influencent l’image obtenue. Les traces du temps deviennent ainsi partie intégrante du résultat. Le procédé fonctionne comme une forme de transfert. La pochette laisse ainsi une empreinte, une sorte d’« image fantôme », qui conserve les indices de son histoire matérielle.
Le vinyle, fil rouge dans la pratique de Marclay
La nouvelle exposition parisienne de l’artiste est aussi l’occasion de replacer sa technique dans l’histoire d’une pratique commencée il y a déjà plusieurs décennies. En effet, les œuvres présentées prolongent une réflexion que Marclay mène depuis les années 1980 sur la capacité des images à évoquer un son absent. En 1988, il photographiait déjà un 45 tours de Simon & Garfunkel sous le titre The Sound of Silence. Quelques années plus tôt, il avait commencé à créer ses « Imaginary Records », des collages de pochettes modifiées destinés à suggérer des musiques imaginaires.
Au White Cube Paris, le disque est donc envisagé à la fois comme objet musical, produit culturel et support de mémoire. Détail ludique : les différents formats utilisés par l’artiste (7, 10 et 12 pouces) renvoient également à l’évolution de ses usages du vinyle dans son œuvre. Avec ces nouvelles œuvres, Christian Marclay poursuit ainsi son exploration personnelle de ce qui relie le visible et l’audible.
Exposition Christian Marclay au White Cube Paris
Jusqu’au 10 octobre 2026
