Du 19 juin au 20 septembre 2026, la ville de Clermont-Ferrand donne carte blanche à Annie Bascoul. Avec En quête de beauté, l’artiste transforme l’espace d’exposition en un univers délicat où dentelle, textile, sculpture et technologies contemporaines dialoguent. Une manière de montrer que l’innovation ne passe pas nécessairement par l’abandon des savoir-faire anciens, mais peut au contraire leur offrir de nouvelles possibilités.
Faire dialoguer la main et la machine
Pour comprendre le travail d’Annie Bascoul, il faut commencer par le fil. Avant de devenir un matériau artistique à part entière, il accompagne son parcours par la couture : l’artiste commence par fabriquer les supports textiles des toiles qu’elle peint, avant de s’intéresser progressivement au tissu puis au vêtement. En 2010, sa rencontre avec la dentelle ouvre une nouvelle étape. Le textile quitte alors le plan pour investir le volume.
Cette évolution permet à Annie Bascoul de déplacer notre regard sur un matériau souvent associé à l’ornement ou à l’artisanat. Entre ses mains, la dentelle devient architecture, sculpture, mobilier ou encore espace de séparation. Elle conserve sa finesse et sa fragilité, tout en acquérant une dimension monumentale.
Et cette capacité à faire cohabiter des éléments que l’on pourrait croire opposés est justement l’une des particularités de la démarche d’Annie Bascoul. D’un côté, il y a le geste artisanal, la répétition patiente des mailles, le travail du fil et la précision nécessaire à la dentelle. De l’autre, l’artiste utilise la vidéo, l’impression 3D ou encore la découpe laser. Les nouvelles technologies ne viennent pas remplacer le savoir-faire traditionnel : elles prolongent ses possibilités.
Ce dialogue entre la main et la machine permet notamment à l’artiste de jouer avec les échelles, les formes et les matières. Le fil de coton peut devenir structure, le laiton peut dessiner des mots dans l’espace, tandis que des surfaces textiles presque immatérielles peuvent prendre une présence sculpturale. La matière devient ainsi un véritable terrain d’expérimentation. Ce qui semble fragile peut occuper l’espace. Et ce qui paraît traditionnel peut devenir résolument contemporain.
Un jardin à parcourir
Pour En quête de beauté, Annie Bascoul imagine une promenade plutôt qu’une succession d’œuvres isolées. Le visiteur entre d’abord dans un jardin intime, peuplé de colonnes tricotées et de robes-sculptures, avant de pénétrer dans un intérieur où la dentelle change encore de fonction. Elle devient cloison, mobilier, sculpture. Elle dessine des passages et modifie la perception de l’espace.
La prédominance du blanc renforce cette impression de légèreté. Les œuvres semblent parfois flotter, tandis que les jeux d’ombre et de lumière révèlent progressivement les détails des mailles, des croisements et des entrelacements. Ici, la matière ne s’impose pas par sa masse, mais par ce qu’elle laisse passer : la lumière, le regard, l’air. Cette approche donne à l’exposition une dimension presque sensorielle. On ne regarde pas seulement les œuvres : on circule autour d’elles, on découvre leurs transparences, leurs ombres et leurs variations selon notre position.
La beauté comme expérience de la matière
Avec En quête de beauté, Annie Bascoul ne cherche pas à opposer tradition et modernité. Elle montre plutôt combien ces deux univers peuvent se nourrir mutuellement. La dentelle apporte son histoire, son vocabulaire et son rapport au geste. La technologie permet de la déplacer vers d’autres territoires. Entre les deux, l’artiste construit une œuvre où la matière devient le véritable sujet : comment la transformer ? Comment lui faire occuper l’espace ? Comment conserver sa mémoire tout en lui donnant une nouvelle fonction ?
Ainsi, derrière l’apparente délicatesse des installations, le travail d’Annie Bascoul parle aussi de transformation. Un fil peut devenir une architecture. Un savoir-faire ancien peut produire une forme contemporaine. Et une matière que l’on croyait fragile peut finalement devenir un moyen de construire un monde.
À découvrir jusqu’au 20 septembre 2026 au centre d’art de Clermont-Ferrand.
