On connaît volontiers les grands noms de l’art conceptuel. Et pourtant certains artistes essentiels sont restés dans l’ombre de cette histoire. Avec Exhaling, then inhaling, la galerie Jocelyn Wolff rend hommage à William Anastasi, disparu en 2023, et rappelle combien ses expérimentations ont contribué à redéfinir ce qu’une œuvre d’art pouvait être. Une exposition qui invite autant à découvrir un artiste qu’à revisiter les origines de l’art conceptuel.
William Anastasi : redécouvrir une figure majeure de l’art conceptuel
Si William Anastasi occupe aujourd’hui une place importante dans l’histoire de l’art conceptuel, c’est parce qu’il a très tôt déplacé la question essentielle : l’œuvre n’est plus seulement ce que l’on regarde, mais ce qui se produit lorsque l’on regarde. Dès le milieu des années 1960, il transforme les murs eux-mêmes en sculptures. Avec ses Wall Removals, il retire une partie du plâtre pour révéler la structure du bâtiment, faisant du mur son matériau de création. Le geste peut sembler minimal. Mais il bouleverse la manière de penser l’espace d’exposition, car le support devient le sujet.
Cette volonté d’interroger notre perception traverse toute sa pratique. Photographie, sculpture, vidéo, langage ou performance deviennent autant de moyens d’explorer une même question : comment prend-on conscience du lieu dans lequel on se trouve ? L’exposition permet ainsi de suivre un artiste qui n’a cessé de repousser les limites des disciplines artistiques, bien avant que ces démarches ne deviennent familières dans l’art contemporain.
Une œuvre qui replace le visiteur au cœur de l’expérience
L’un des aspects les plus surprenants du travail de William Anastasi est la place qu’il accorde au spectateur. Chez lui, regarder n’est jamais un acte passif. L’installation Plastic Coincident en est un excellent exemple. À partir d’une simple plaque de plexiglas photographiée puis replacée exactement au même endroit, Anastasi crée un jeu entre le reflet réel et son enregistrement. L’œuvre change selon la position du visiteur, ce qui brouille sans cesse la frontière entre image et réalité.
Ce principe se retrouve d’ailleurs dans plusieurs pièces présentées par la galerie. Elles ne cherchent pas à impressionner par leur virtuosité technique mais par leur capacité à modifier notre attention. Ce que nous ignorons habituellement (un mur, un reflet, un angle de la pièce) devient soudain le véritable sujet de l’œuvre.
En consacrant cette exposition à William Anastasi, la galerie Jocelyn Wolff ne propose donc pas seulement un hommage. Elle rappelle que certaines des idées qui irriguent aujourd’hui l’art contemporain étaient déjà présentes dans son travail il y a plus d’un demi-siècle. Exhaling, then inhaling offre ainsi une belle occasion de redécouvrir un artiste longtemps resté en marge des grands récits de l’histoire de l’art, mais dont les recherches apparaissent aujourd’hui d’une étonnante modernité.
William Anastasi exhaling, then inhaling
Galerie Wolff Paris
Jusqu’au 14 août 2026
