Exposition | Sungi Mlengeya : une œuvre entre héritage et devenir

Exposition | Sungi Mlengeya : une œuvre entre héritage et devenir
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Avec Earth and Sky, la galerie Les filles du calvaire présente, jusqu’au 24 octobre 2026, la première exposition monographique consacrée en France à Sungi Mlengeya. L’artiste est installée à Arusha, en Tanzanie, où elle continue de travailler, et où elle s’est fait connaître par ses peintures épurées, peuplées de figures féminines sombres qui se détachent sur de vastes espaces blancs. Cette première présentation française arrive à un moment charnière de son parcours. En effet, Sungi Mlengeya ouvre désormais sa pratique à une réflexion plus personnelle sur la transmission et l’héritage.

Un langage visuel déjà reconnaissable

Depuis plusieurs années, Sungi Mlengeya construit des compositions caractérisées par leur économie de moyens. Ses figures occupent rarement tout l’espace, et elles émergent au contraire d’un environnement largement laissé vide. Cet espace négatif joue un rôle essentiel dans ses œuvres. Il crée une atmosphère silencieuse et contemplative, tout en permettant à l’artiste d’aborder des questions liées à l’identité, à la présence et à la manière dont certains récits peuvent être préservés.

L’exposition Earth and Sky reprend ce langage visuel tout en le faisant évoluer. De nouvelles nuances de brun apparaissent notamment dans la palette, introduisant une relation plus directe à la terre et à l’idée d’origine. Les corps, eux, semblent davantage en mouvement : bras levés, silhouettes inclinées, figures qui paraissent s’élever. L’œuvre de l’artiste, déjà bien structurée autour d’un langage visuel établi, continue d’évoluer.

Une œuvre traversée par une histoire personnelle

Cette évolution ne doit rien au hasard. Et les œuvres de l’exposition ont en fait été réalisées dans le sillage du décès de la mère de l’artiste. Mais plutôt que de s’attarder sur la disparition, Sungi Mlengeya s’interroge sur ce qui demeure après elle. Sa réponse se trouve dans l’influence : les gestes, les habitudes, les manières de penser et de créer qui se transmettent parfois sans même être formulés.

Ainsi, la figure maternelle se comprend ici comme le premier contact de Sungi Mlengeya avec l’univers de la création. Et elle revient sur le rapport de sa mère au geste créatif, par le dessin, la couture, le jardinage… Pour Sungi Mlengeya, cette relation à la création constitue ainsi un héritage concret, qui continue d’exister à travers sa propre pratique.

De la terre au ciel

Le titre Earth and Sky résume cette nouvelle direction. La terre évoque les racines, ce qui nourrit et soutient sans nécessairement être visible. Le ciel représente au contraire l’ouverture, l’expansion et la possibilité pour une influence de se prolonger au-delà de celle ou celui qui l’a initiée.

Cette dualité se retrouve dans les peintures exposées. Les figures semblent placées entre ces deux espaces, comme si elles faisaient le lien entre héritage et devenir. Le blanc, élément récurrent du travail de l’artiste, acquiert lui aussi une nouvelle fonction. Car il devient un espace ouvert, presque infini, où peuvent se prolonger les gestes et les présences.

Une première rencontre française à un moment charnière

Earth and Sky permet ainsi de découvrir en France une artiste encore en pleine construction, mais dont le travail témoigne déjà d’une véritable maturité. Sungi Mlengeya ne renonce pas au langage qu’elle a développé. Elle le met à l’épreuve d’une expérience personnelle pour en révéler de nouvelles possibilités.

Cette exposition apparaît dès lors comme un moment charnière : celui où une artiste encore jeune commence à faire émerger, derrière une esthétique immédiatement identifiable, des thèmes conducteurs qui pourraient durablement structurer son œuvre. La présence, la transmission, l’ancestralité et la capacité de la création à faire vivre ce qui nous précède : autant d’éléments à retrouver dans cette première exposition parisienne.

Sungi Mlengeya – Earth and Sky
Les Filles du calvaire jusqu’au 24 octobre