À l’occasion du centenaire de la naissance de Robert Filliou, la galerie Peter Freeman lui consacre l’exposition Une histoire chuchotée de l’art, à découvrir à Paris jusqu’au 7 novembre prochain. L’exposition réunit des œuvres réalisées entre 1966 et 1984. Et elle revient sur le parcours d’un artiste qui a toujours résisté aux étiquettes et refusé de se laisser enfermer dans une tendance. Sa priorité : faire de l’art un espace de liberté, d’expérimentation et de jeu.
Un artiste inclassable par choix
Autodidacte, Robert Filliou a d’abord été formé à l’économie, avant de développer une pratique artistique qui se nourrira toujours de sa curiosité pour la philosophie, la linguistique, les sciences ou encore le bouddhisme. Un élan de curiosité hors du stricte champ de l’art qui explique la nature protéiforme de son travail. De la poésie aux performances, des films aux assemblages, de l’écrit à l’installation graphique… Robert Filliou n’a eu de cesse de conserver une approche libre dans sa pratique.
Souvent associé à Fluxus, le mouvement international qui entendait rapprocher l’art de la vie quotidienne, Filliou partage avec ses membres un goût pour l’expérimentation et la remise en question des conventions artistiques. Pourtant, l’artiste français a toujours farouchement conservé son indépendance. Et plutôt que de se conformer à un programme collectif, il a préféré suivre sa propre voie, avec une liberté qui se retrouve dans l’ensemble de son œuvre.
Le jeu comme méthode de création
Chez Filliou, les matériaux les plus modestes deviennent des supports d’invention. Carton, ficelle, objets trouvés ou éléments de quincaillerie composent un vocabulaire volontairement dépouillé. Les mots et les objets se rencontrent, se transforment et ouvrent des pistes de réflexion sans nécessairement imposer une interprétation unique.
Ainsi, tout l’enjeu de l’exposition de la galerie Peter Freeman est justement de mieux présenter cette richesse en réunissant plusieurs ensembles. Les œuvres des années 1960 et 1970 associent langage et éléments du quotidien. Les boîtes en carton de la décennie suivante réunissent dessins, collages et objets, comme autant de petits espaces d’expérimentation. Les fameux Briquolages, réalisés dans les années 1980, prolongent ensuite cette recherche à partir de briques assemblées.
Une autre manière de penser la valeur de l’art
Pour Robert Filliou, la circulation des idées compte autant que la fabrication des œuvres. Cette conception remet en question les hiérarchies entre travail artistique et activité ordinaire, entre objet précieux et matériau banal, entre œuvre achevée et expérience en cours. Près de quarante ans après sa disparition, cette approche conserve toute son actualité.
L’exposition Une histoire chuchotée de l’art rappelle ainsi la singularité d’un artiste qui n’a jamais cherché à appartenir à une école. En privilégiant le jeu, la poésie et la liberté d’association, Robert Filliou a défendu une conception de l’art moins attachée aux catégories qu’aux possibilités qu’il ouvre. Une invitation à considérer la création non comme un territoire réservé aux seuls artistes, mais comme une pratique accessible, vivante et en perpétuelle transformation.
Robert Filliou: Une histoire chuchotée de l’art
Galerie Peter Freeman Paris
Jusqu’au 7 novembre 2026
