En quittant le Marais pour s’installer rue du Bac, dans l’ancien espace de la galerie Jean Fournier, la galerie Christophe Person ne change pas seulement d’adresse. Avec Matière à abstraction – Écho à l’histoire d’un lieu, son exposition inaugurale, elle affirme une vision. Celle d’une création africaine pleinement intégrée aux grands récits de l’art contemporain international.
Galerie Christophe Person : nouvelle adresse, même histoire
Certaines adresses portent en elles une mémoire particulière. Au 22 rue du Bac, pendant près de soixante-dix ans, Jean Fournier a défendu les grands noms de l’abstraction moderne et contemporaine. Et il a fait de sa galerie l’un des lieux majeurs de la scène artistique parisienne.
En choisissant d’y installer sa galerie, Christophe Person assume cet héritage tout en lui donnant une nouvelle direction. La preuve ? L’exposition inaugurale Matière à abstraction – Écho à l’histoire d’un lieu établit ainsi un dialogue entre l’histoire du site lieu les artistes défendus aujourd’hui par la galerie.
À travers les œuvres de Joseph Ntensibe, Donald Wasswa, Mamadou Cissé, Tiffanie Delune ou encore Paul Ndema, il ne s’agit pas de reproduire les codes de l’abstraction occidentale ni de rechercher des filiations artificielles. L’enjeu consiste plutôt à montrer comment des artistes issus de contextes différents investissent à leur tour les questions de la forme, de la matière, du rythme ou de la couleur, tout en conservant les références culturelles, sociales et politiques qui nourrissent leur pratique.
Une approche qui permet d’aborder l’abstraction comme un langage partagé plutôt que comme un territoire qui serait historiquement réservé à la création occidentale.
Sortir d’une lecture périphérique de l’art africain contemporain
Si le coeur de l’exposition consiste bien sûr à présenter le travail des artistes, l’enjeu relève aussi d’une forme de déclaration d’intention. Car depuis plusieurs années, la galerie Christophe Person contribue à faire connaître des artistes africains et issus des diasporas auprès du public français. Et son arrivée sur la Rive Gauche marque donc une nouvelle étape dans cette démarche de passeur.
Le projet défendu ici consiste à déplacer le regard. Trop souvent, l’art africain contemporain est encore présenté sous l’angle de l’altérité ou de l’exotisme. Matière à abstraction propose au contraire de l’envisager comme une composante à part entière de l’histoire mondiale de l’art.
Les œuvres réunies ne sont pas convoquées pour illustrer une identité géographique, mais pour participer à une conversation artistique plus vaste. L’abstraction (re)devient alors un terrain commun où dialoguent des expériences, des récits et des sensibilités différentes.
En investissant un lieu emblématique de l’histoire de l’abstraction parisienne, Christophe Person réaffirme donc la raison d’être de sa galerie. En faire un espace où la création contemporaine africaine n’est plus regardée à la marge, mais considérée sur un pied d’égalité avec les autres expressions de l’art contemporain international. Une manière de rappeler que l’histoire de l’art s’est toujours nourrie de la pluralité dans la création.
Matière à abstraction – Écho à l’histoire d’un lieu
Jusqu’au 13 juin 2026
