« TOUT, TOUT, TOUT » : GIO PONTI AU MAD

« TOUT, TOUT, TOUT » : GIO PONTI AU MAD
À voir  -   Expositions

Dans un entretien consacré à la tour Pirelli de Milan, Gio Ponti revendique fièrement : « j’ai tout dessiné ici. Tout, tout, tout ! Le building, les chaises, les cendriers… ». De fait, Ponti est un touche-à-tout de génie, l’un des très grands architectes du XXe siècle, l’un des inventeurs du design. Le Musée des arts décoratifs lui consacre une rétrospective particulièrement bienvenue. Pour l’occasion, le grande halle du musée est délimitée par un immense panneau imitant l’un des derniers chefs-d’oeuvre de Ponti, la façade de la cathédrale de Tarente. À l’intérieur, la carrière de l’architecte est évoquée en dessins et photos, autour d’exemples des nombreux meubles dessinés par lui, parfois avec la collaboration d’artistes hors de pair comme Fornasetti. Des deux côtés, des espaces plus petits mettent en valeur objets et ambiances. Six créations emblématiques de Ponti sont ainsi évoquées, manifestant la grande diversité de ses talents, de la villa au bâtiment industriel, du palais universitaire à l’appartement urbain.

En face, on est plongé dans la fabrique des objets. C’est par là que Gio Ponti a commencé. Jeune architecte, il est recruté comme directeur artistique d’une fabrique de céramiques ; il dessine alors (nous sommes dans les années 1920) des vases d’une incroyable beauté, jouant avec grâce et fantaisie sur les motifs du « grand art » italien. Précocement lié à la Maison Christofle, il crée aussi des objets d’argenterie saisissants de pureté. Mais ces réseaux privilégiés n’ont pas suffi à canaliser l’énergie créatrice de Ponti. On le retrouve éditant des tissus et d’admirables carreaux à motifs bleus, concevant des percolateurs ou des machines à coudre… Excellent dessinateur et peintre plus qu’honorable, il a imaginé de magnifiques décors et costumes pour le théâtre.

Reste que Gio Ponti est avant tout architecte. Ses premières constructions sont d’un néo-classicisme ludique, proche du style de Buzzi, dont il a été l’associé. Il glisse vite, cependant, vers un formalisme plus épuré, jamais austère mais attentif à l’imbrication des structures, au jeu des formes simples, aux variations de la lumière et aux séductions de la couleur. Particulièrement engagé dans le développement urbain du Milan d’après-guerre, Ponti est de ceux qui inventèrent une ville que nous connaissons par les films d’Antonioni, aussi sévère que raffinée. Dans son propre immeuble, il utilise les immenses baies comme un quatrième mur, appuyant sur le bleu du ciel des meubles et des objets, ouvrant l’espace domestique sur l’immense liberté du dehors. À la fin de sa vie, Gio Ponti avait proposé un projet pour Beaubourg, préservant et incluant les pavillons de Baltard : on se prend à rêver à ce qu’eût été un Paris touché par la grâce de ce magicien, avec qui on est heureux de passer une heure rue de Rivoli, dans une exposition aussi riche qu’élégante – à son image.

Tutto Ponti : Gio Ponti archi-designer, Musée des Arts décoratifs, Paris, jusqu’au 10 février 2019.