La Galerie Wagner à Paris propose une relecture originale pour mieux appréhender l’œuvre de Guy Lussigny. Le temps d’une exposition baptisée Côte à Côte, la galerie installe un face à face entre les toiles des années 1950 et la production des années 1970. Des œuvres distantes de deux décennies, qui forment ensemble une période charnière dans l’évolution du vocabulaire géométrique du peintre. Avec, en trait d’union entre les deux, la place central du carré comme terrain d’expression privilégié.
Les années 1950 et 1970 : un laboratoire en mouvement
Placer côte à côte des toiles séparées par vingt ans pourrait sembler anodin. C’est pourtant le geste le plus éclairant pour comprendre l’évolution de Guy de Lussigny. Dans les années 1950, son abstraction cherche encore son chemin. La géométrie s’affirme, mais la couleur hésite, explore, et teste encore ses équilibres. Le carré devient progressivement l’élément structurant d’une pensée picturale qui se veut à la fois rationnelle et sensible.
Au fil des années 1960 et 1970, le langage se clarifie. Les formats se resserrent, les rapports chromatiques gagnent en intensité. Lussigny ne multiplie pas les formes. Au contraire, il approfondit la même. Ce choix de restriction devient une méthode de travail. Et le carré agit comme une règle du jeu : plus la contrainte est forte, plus la variation se fait subtile. Les œuvres présentées ensemble révèlent donc ce passage d’une abstraction encore expérimentale à une écriture pleinement assumée.
Le carré : une tension entre contrainte et terrain de liberté
La filiation revendiquée avec Josef Albers éclaire cette démarche, mais sans l’y réduire. Car chez Lussigny, le carré n’est pas seulement un véhicule pour la couleur. Il s’agit plutôt d’un espace de concentration. Chaque toile propose une expérience très précise au niveau de la perception. L’enjeu peut être un décalage chromatique, une tension lumineuse ou un rythme interne.
Et c’est précisément tout l’intérêt pour la Galerie Wagner ne mettre en regard les oeuvres des deux périodes. Cette approche, volontairement pédagogique, démontre à quel point un vocabulaire formel finalement assez restreint peut en fait contenir une grande liberté.
En ce sens, l’exposition n’est pas une rétrospective partielle. Il s’agit plutôt d’une démonstration ludique. Elle rappelle que l’abstraction géométrique n’est ni froide ni distante. Mais qu’elle peut, au contraire, offrir un espace d’exploration sensorielle. Ainsi, en réunissant ces décennies décisives, la Galerie Wagner offre l’occasion de redécouvrir un artiste qui a fait de la contrainte un moteur de sa création.
Exposition Guy de Lussigny, Côte à Côte
Galerie Wagner, jusqu’au 7 mars 2026
