Une leçon de street art : comment un mouvement est passé du graffiti au monde de l’art (Partie I : le graffiti jusqu’au 21ème siècle et comment il a ouvert la voie au street art)

Une leçon de street art : comment un mouvement est passé du graffiti au monde de l’art (Partie I : le graffiti jusqu’au 21ème siècle et comment il a ouvert la voie au street art)
Retna street art, NYC
Objectif de cette leçon :

Le street art est un mouvement relativement nouveau qui devient de plus en plus présent dans le monde de l’art. Dans cette leçon, nous allons explorer l’histoire du graffiti, qui est à l’origine du street art, puis nous verrons comment le street art est devenu ce qu’il est aujourd’hui. Regarder l’histoire du graffiti est essentiel pour comprendre les nuances entre le graffiti et le street art et pour comprendre les avantages et les inconvénients du street art en tant que mouvement et comment les artistes catégorisés comme artistes urbains ont soit adopté le mouvement, soit y ont répondu. À la fin de la leçon, les élèves devraient avoir une meilleure compréhension de la façon dont le graffiti a ouvert la voie au street art. Ils devraient aussi être capables de réfléchir de façon critique sur une œuvre d’art pour déterminer si elle se rapproche plus du graffiti ou du street art.

Cette leçon s’adresse de préférence aux élèves de collège ou de lycée. Ici, nous avons présenté le sujet comme une leçon d’histoire de l’art, mais il pourrait facilement être adapté en une leçon d’arts plastiques.

Partie I : le graffiti jusqu’au 21ème siècle et comment il a ouvert la voie au street art

1) Pour commencer, demandez à vos élèves quelle serait leur définition du graffiti. Faites-en de même pour le street art.

2) Ensuite, montrez à vos élèves une série d’images de ce que la plupart des gens considèrent comme du graffiti ou du street art, comme celles-ci :

3) Ensuite, discutez de ces images avec des questions comme

  • Selon vous, lesquelles de ces œuvres sont des graffitis ? Du street art ?
  • Selon vous, quelles sont les différences entre le graffiti et le street art ? Quelles sont leurs similitudes ?
  • Selon vous, quelles sont les caractéristiques du graffiti ou du street art ?
  • Reconnaissez-vous certains de ces artistes ?
  • Qu’est-ce qui vous vient à l’esprit quand vous pensez au graffiti ? Au street art ? Y a-t-il des connotations qui accompagnent chaque style ?
  • Est-ce que ces œuvres ont le même public ? Quel serait leur public ?

4) Les définitions à garder à l’esprit :

  • Graffiti : l’acte d’écrire ou de produire une sorte d’écriture, d’image ou de dégradation sur une propriété publique, généralement sans permission (Merriam-Webster Dictionary).
  • Tag : une sous-catégorie du graffiti qui consiste souvent à graffer son nom ou pseudonyme sur une surface. Habituellement, un tag n’est composé que d’une pièce et son style est simple (Britannica).

5) Établir une chronologie. L’histoire du graffiti, et donc du street art, n’est pas tout à fait simple car c’est un sujet subjectif. Cependant, commencer par une brève histoire du graffiti est un bon point de départ. La frise chronologique fournie ci-dessous peut être ajustée pour ajouter ou supprimer certains événements dans l’histoire du graffiti. N’hésitez pas à l’utiliser comme guide pour présenter l’histoire du graffiti aux élèves 

La plupart des articles, vidéos ou documents sur le sujet commencent par le même constat : le graffiti n’est pas un concept nouveau. Bien que tout le monde le dise, il est bon de garder cela à l’esprit et il est important de savoir et de comprendre que depuis environ aussi longtemps qu’il y a des gens, ceux-ci veulent se faire connaître, faire connaître leurs problèmes et/ou leurs opinions.

Dès le premier siècle avant Jésus Christ, les Romains griffonnaient des injures, des noms, des commentaires sur leurs gladiateurs préférés et d’autres pensées sur les murs des bâtiments, tandis que les Mayas faisaient des choses similaires au même moment à l’autre bout du monde. Bien que certains n’aimaient pas cette pratique, dont le philosophe grec Plutarque, elle était largement pratiquée et acceptée comme forme d’expression et de communication. Ce n’est qu’à partir de la Révolution française que ces actes ont commencé à être associés à la destruction de biens et, à cette époque, les graffitis ont été plus communément considérés comme du vandalisme.

Juste après la fin de la Révolution française, les graffitis ont commencé à faire leur apparition sur les wagons de

Kilroy was here street art
« Kilroy was here »: gravure sur le monument aux morts pendant la deuxième guerre mondiale, Washington DC.

trains aux États-Unis. Au début du XXe siècle, en particulier au milieu de la Grande Dépression, le nombre de wagons portant des graffitis a augmenté à mesure que des vagabonds, qui écrivaient souvent sur les côtés des wagons, parcouraient le pays d’un océan à l’autre. Dans les années 20 et 30, les gangs qui utilisaient des graffitis se sont multipliés dans les villes du sud-ouest des États-Unis comme Los Angeles. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les soldats ressentaient de la camaraderie grâce à un graffiti sur lequel on pouvait lire « KILROY WAS HERE » et qui était généralement accompagné d’un dessin d’un homme au long nez regardant par-dessus un mur.

Bien que les graffitis étaient produits dans diverses parties du monde de façon plutôt modeste, les raisons qui animaient leurs auteurs étaient communes et le graffiti persiste encore aujourd’hui. C’étaient une façon de s’assurer que votre présence, aussi minuscule soit-elle, serait connue de quelqu’un.

Street art image colourful
Courtesy Flickr Commons.

Mais dans les années 1960, le graffiti s’apprêtait à entrer dans une toute nouvelle ère, plus ou moins façonnée par les enfants et les adolescents. À cette époque, le graffiti allait connaître une renaissance, principalement à New York et à Philadelphie. Les styles simples des tags des années 60 allaient bientôt se transformer en une écriture plus complexe typiquement associée aux années 70 et de là, le street art est né. Dans les années 80, le graffiti et le Hip Hop, qui étaient tous deux des mouvements contre-culturels, se sont nourris l’un l’autre et, pendant les années 80 et 90, le street art s’est développé comme une sous-catégorie du graffiti. Aujourd’hui, le street art a surtout été accepté dans le canon de l’histoire de l’art avec des œuvres d’artistes dits urbains (comme Banksy et KAWS) qui sont parmi les plus recherchées sur le marché actuel.

6) Maintenant que vous avez une chronologie rudimentaire, il est temps d’explorer comment et pourquoi le graffiti a été propulsé sur le devant de la scène à la fin du XXe siècle. Vous pourriez commencer par demander aux élèves pourquoi ils pensent que le graffiti a pris de l’importance, ce qui l’a rendu populaire et pourquoi il est aujourd’hui devenu conventionnel ?

Le graffiti, tel que nous le connaissons aujourd’hui, doit son statut aux enfants et aux adolescents qui voulaient laisser leur marque, dire « Je suis passé par là ». TAKI 183 et Cornbread sont largement reconnus comme les premiers tagueurs. Ces deux tags sont des pseudonymes de leurs auteurs et ils sont devenus un moyen pour ceux-ci de marquer où ils étaient allés. TAKI 183 a été actif dans les années 1970 ; son pseudonyme est né de son nom, Demetrius, qui est parfois raccourci en Taki, et 183, qui était son numéro de maison à New York. Le nom complet de TAKI 183 n’a jamais été révélé, ce qui n’est pas inhabituel car les graffeurs sont souvent restés dans l’ombre pour échapper aux forces de l’ordre. À la même époque, Darryl « Cornbread » McCray taguait des bâtiments autour de Philadelphie avec son surnom, Cornbread. Avant d’avoir 20 ans, Cornbread était devenu un graffeur reconnu à Philadelphie et, en 1971, il a tagué un éléphant dans le zoo de Philadelphie, un coup qui l’a conduit en prison.

En fin de compte, le graffiti est devenu comme un sport où chacun montrait où il pouvait marquer son nom et quel territoire il pouvait prendre. C’était souvent une forme de communication que seul les autres graffeurs comprenaient vraiment. Le point commun de tout cela, c’était l’illégalité. Avec le passage du graffiti dans les années 70, les tags se sont complexifiés. Le lettrage devenait plus complexe et stylisé et les graffeurs continuaient à repousser les limites des endroits où ils affichaient leurs œuvres. Différents niveaux de complexité ont fait en sorte que leurs œuvres ont été désignées comme des « throw-ups » (habituellement un lettrage de style Bubble, d’une seule couleur avec un contour gras d’une autre couleur), des « pièces » (plus de trois couleurs, un fond et parfois un personnage) ou des « productions » (un groupe d’œuvres de différents artistes ayant habituellement des coloris cohérents). Les wagons de métro de New York sont devenus la toile ultime parce qu’une œuvre achevée serait vue par de plus en plus de gens, mais taguer un wagon de métro était aussi l’un des gestes les plus risqués qu’un graffeur pouvait faire, car cela augmentait ses chances d’être pris.

Graffiti sur le métro à New York dans les années 70. Flickr Commons.

 

La nature illégale du graffiti signifiait que les graffeurs étaient clandestins. Cela créait une aura de mystère autour des graffitis et de l’engouement, car un jour, un mur pouvait être vide et le lendemain, il pouvait arborer une nouvelle œuvre. La nature mystérieuse du graffiti a incité plus de gens à en prendre note, ce qui a amené certains graffeurs à vouloir rendre leurs œuvres plus accessibles au grand public. C’est la base sur laquelle les artistes urbains allaient se développer.

7) Conclusion de la première partie :

Activité :

  • Pour un cours pratique, demandez aux élèves de concevoir leur propre tag. Il peut s’agir de leur nom, d’un pseudonyme ou d’un symbole. Les élèves devraient réfléchir aux choix stylistiques (lettrage ou pochoirs, par exemple) et au type de médium qu’ils utiliseraient (peinture et pinceau, bombe, lignes serrées ou gouttes, etc.)
  • Pour un cours d’histoire de l’art, demandez aux élèves de choisir un aspect du graffiti ou du street art, ou un graffeur ou un artiste urbain à rechercher. Ou encore, demandez aux élèves d’analyser une œuvre de graffiti ou de street art, d’évaluer les principes et les éléments de design utilisés dans l’œuvre, de discuter du médium utilisé et du public potentiel, ou de comparer et de mettre en contraste une œuvre de graffiti et de street art.
  • Posez aux élèves quelques questions pour ouvrir une discussion :
    • Qu’ajouteriez-vous à ce dont nous avons parlé aujourd’hui ?
    • Quelles formes de graffitis voyez-vous aujourd’hui ? Est-ce plus traditionnel, sur les murs de bâtiments ? Est-ce plus courant, dans les publicités ?
    • Pensez-vous que les graffitis sont aussi pertinents aujourd’hui, à l’ère des réseaux sociaux ?
    • Quels sont les graffeurs les plus connus et les plus populaires à votre avis ?
    • Comment pensez-vous que le graffiti et le street art vont évoluer ?
Pour approfondir vos études: 

TedEd ‘Is graffiti art? Or vandalism?’ by Kelly Wall

Google Arts & Culture: Street Art

‘Mural’ vs. ‘Graffiti’ vs. ‘Street Art’: my definitions.

PBS NewsHour ‘The History of American Graffiti’: From Subway to Gallery’

The Difference Between Street Art and Graffiti

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