Chercher l’erreur

Chercher l’erreur
Michel Francois, "Walk through a Line of Neon Lights", 2004, ©Leslie Artamonow.
À voir

L’artist run space Société à Bruxelles propose jusqu’au 11 novembre une exposition collective intitulée Encoutered Error. Dans la continuité de l’événement Calculated Chance qui s’était tenu lors de la foire d’Art Brussel en avril dernier et qui se déployait selon les trois axes « chance, hasard et probabilité », l’accrochage actuel traite de la manière dont les « erreurs, accidents et échecs » peuvent participer de la conception ou de la création des œuvres. La manifestation regroupe les œuvres d’une vingtaine d’artistes qui, soit sont des figures historiques de l’art conceptuel, soit s’inscrivent, souvent avec humour, dans cet héritage.

L’erreur c’est par exemple le sujet de l’œuvre Kein Fehler im System (Aucune erreur dans le système) créé en 1969 par Eugen Gomringer considéré comme le père de la poésie concrète héritière d’une démarche poétique visuelle amorcée notamment avec Mallarmé puis Apollinaire et poursuivie par les artistes dadaïstes et surréalistes. Pour cette pièce qui consiste en un ensemble de phrases superposées noires collées le long d’un mur blanc, l’artiste a créé un programme informatique permettant de produire systématiquement une erreur dans la phrase « Kein Fehler im System » composant ainsi un poème visuel constitué de la même phrase légèrement modifiée. Une multitude de variations sur le thème de l’erreur qui, de ce fait, n’en est plus une.

Gustav Metzger.

 

Cependant, si c’est en ôtant à l’erreur son caractère accidentel qu’Eugen Gomringer la place au centre de la création, c’est au contraire en revendiquant cette dimension que Damien Dion  crée Un hasard en conserve, de mémoire (ou : Le Petit Verre de trop) 2017, œuvre qui présente une vitre brisée protégée par un verre intact. Poussant plus loin la démarche de Marcel Duchamp qui avait décidé de ne pas changer la vitre de son œuvre Le Grand Verre (1915-1923) fendue pendant un transport, décrétant que l’accident pouvait être élevé au rang d’acte artistique volontaire, le jeune artiste décide de faire d’une vitre une œuvre d’art du seul fait qu’elle a été accidentellement cassée.

Enfin, après l’erreur et l’accident, l’échec est également présent dans cette exposition à travers le drapeau qui s’agite sur la façade du bâtiment. Motif hybride inspiré à la fois du message d’erreur rencontré par les utilisateurs d’ordinateurs lors d’une panne du système d’exploitation et du drapeau de l’Union européenne, cette bannière installée par David  Birkin et Mariam Ghani est une allégorie de l’échec que représente cette entité aux yeux de beaucoup. Our System Failure affirme que l’échec n’est ni l’erreur, ni l’accident mais le fruit d’une addition de multiples erreurs et de nombreux accidents. Plus qu’un procédé de conception ou un point de départ à la création, l’échec est ici le sujet même de la création.

Bert Jacobs.

 

Ces trois œuvres, comme nombre d’autres présentées dans cette exposition qui mêlent travaux de jeunes artistes et pièces d’artistes confirmés, démontrent la plasticité de ce thème de l’erreur et les différentes façons dont les artistes l’utilisent, en la sollicitant, en la laissant advenir ou en en faisant un sujet brandi comme un étendard. Jouant de l’erreur, l’accident ou l’échec, elles répondent dans tous les cas à l’enjeu défini par Manuel Abendroth et Els Vermang les fondateurs de Société : « placer ces notions négatives dans une perspective positive et leur restituer leur mérite réel ».