« Relax » à la Galerie Maria Lund

« Relax » à la Galerie Maria Lund
Marlon Wobst, "Die Flucht, feutre de laine", 110 x 148 cm – 2019, ©Marlon Wobst & Galerie Maria Lund, Paris.
À voir

En contre-pied d’un type d’art toujours plus responsable et responsabilisant dont le meilleur exemple est peut-être l’actuelle biennale de Lyon, la Galerie Maria Lund propose jusqu’au 9 novembre une exposition personnelle toute en légèreté de l’artiste allemand Marlon Wobst.

Si ce peintre d’une quarantaine d’années a pu produire des œuvres dures et même grinçantes à l’image de son huile sur toile présentant une main dont l’ensemble des doigts tatoués devrait former le mot HATE mais dont l’index coupé transforme le message en HAT, ses nouvelles œuvres sont plus ludiques, majoritairement dédiées au thème du jeu aquatique. Ce sujet permet au grand coloriste qu’est Marlon Wobst de déployer sa palette de couleurs et de développer des contrastes subtils entre les teintes vaporeuses ou mates symbolisant l’eau et les variations des couleurs chair qui couvrent ses personnages. Tantôt transparente, tantôt opaque, la représentation de l’eau permet aussi à l’artiste de montrer les corps par fragments, sans que le spectateur ne puisse distinguer ce qui est immergé de ce qui émerge comme en témoigne l’huile sur toile intitulée Brust Rücken Kraul. Le regard adoptant simultanément une position de surplomb et une vision par en-dessous, il se trouve pris dans la sensation de mouvement qui caractérise les activités balnéaires. Car Marlon Wobst n’est pas seulement un peintre qui maîtrise ses couleurs, c’est aussi un artiste qui a le sens de la composition. Figuratif mais jamais classique, il symbolise sur un même plan des personnages à différentes échelles dans des postures qui témoignent d’espaces perspectivistes disparates comme sur la toile Springer où le fond uniforme interdit de distinguer des plans alors même que les positions et dimensions des hommes et des femmes représentés indiquent qu’ils occupent des espaces différents.

Marlon Wobst, « Springer », huile sur toile, 130 x 90 cm – 2018 ©Marlon Wobst & Galerie Maria Lund, Paris.

 

Sans regards ni bouches, les personnages de Marlon Wobst ne sont pas des individus singuliers mais les représentants d’une condition humaine quotidienne et banale que le thème aquatique permet aussi de mettre en valeur. En dépit des instruments de la salle de sport représentés dans la toile Bella, les corps presque nus sont disgracieux et les gestes, dont celui qui consiste à replacer l’élastique de son slip de bain, inélégants. Sans complaisance ni malveillance, l’artiste expose cette société qui se laisse aller, le temps des vacances ou d’un week-end, à d’autres codes, ou plutôt à une absence de codes dont ses tapisseries témoignent plus intensément encore. Dans ces œuvres réalisées en feutre, les corps, qui en peinture déjà n’étaient jamais délimités par des tracés de contour nets, se mêlent au fond. Personnages, plage et eau sont faits de la même texture et ne se distinguent les uns des autres que par leurs coloris. Les teintes sont ici plus tranchées que dans les peintures et, alors que dans ces dernières des membres s’effaçaient légèrement derrière des nuages brumeux, ils disparaissent ici abruptement dans la matière. Comme dans l’œuvre Inferno, les corps tronqués aux couleurs vives sont presque toujours enchevêtrés, leur disposition faisant écho à l’entremêlement des fils de laine. L’impression de mouvement est aussi plus présente que dans les peintures comme le montre la composition Die Flucht dans laquelle cinq personnages, cédant à toute retenue, courent nus le long d’une plage.

Marlon Wobst, « Inferno », feutre de laine, 108 x 162 cm – 2019©Marlon Wobst & Galerie Maria Lund, Paris.

 

Impudiques, les œuvres de Marlon Wobst sont surtout poétiques. Fonds et formes se répondent dans une même volonté d’exprimer la vie dans sa dimension ludique. Loin des responsabilités et des catégories d’évaluation qui accompagnent ce registre, l’exposition Relax, du nom choisi par l’artiste, prolonge les vacances.