Sol LeWitt à l’honneur

Sol LeWitt à l’honneur
"Le Wall Painting # 1143", de Sol Lewitt, réalisé en 2004 à la Collection Lambert à Avignon. (Donation Yvon Lambert à l'État français / Centre national des arts plastiques / Dépôt à la Collection Lambert, Avignon).
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En lien avec l’exposition Sol LeWitt qui se tient du 16 juin 2018 au 26 mai 2019 à la Collection Lambert à Avignon, les éditions Actes sud publient un catalogue consacré à cet artiste précurseur de l’art conceptuel américain. L’ouvrage, coédité avec le galeriste Yvon Lambert, est le premier d’une collection destinée à faire connaître les œuvres de son fond.

Si la série Les cahiers de la collection Lambert se lance avec un livre dédié à Sol Lewitt, c’est parce qu’il est l’un des artistes majeurs de la collection. Celle-ci ne compte pas moins de trente-cinq œuvres de l’artiste : deux Wall Drawings, cinq structures en volume, vingt-quatre œuvres sur papier, deux maquettes et un ouvrage. Certaines de ces pièces sont reproduites dans le livre, soit présentées seules (notamment le très beau collage R#14 réalisé par l’artiste en 1971), soit sous forme d’ensemble (des vues de l’exposition qui a eu lieu cette année à Avignon). On trouve également des reproductions du certificat valant comme signature du Wall Drawing 186 ou encore son diagramme explicatif d’aide à la composition.

La préface, rédigée par le directeur de la Collection Lambert Alain Lombard, annonce l’axe choisi. Surmontée d’une citation de Sol LeWitt « J’aimerais produire quelque chose que je ne rougirais pas de montrer à Giotto », elle insiste sur le positionnement spécifique de cet artiste : avant-gardiste mais infiniment respectueux de ces prédécesseurs.

C’est aussi cet aspect que souligne Yvon Lambert dans son entretien avec le responsable de la programmation artistique de la Collection Lambert Stéphane Ibars. Le galeriste, qui a organisé une douzaine d’expositions de LeWitt depuis 1970, revient sur la découverte de ce travail en 1969 et sur les raisons pour lesquelles ces œuvres l’ont immédiatement bouleversé. Il retrace sa relation avec l’artiste, rappelant, entre autres choses, leurs discussions sur l’art de la Renaissance.

Son témoignage traduit également l’effervescence du milieu artistique de l’époque et met en valeur les personnages qui ont contribué à favoriser l’émergence de l’avant-garde : la galeriste américaine Virginia Dwan qui fut l’une des premières à défendre l’art minimal, l’art conceptuel et le land art, le commissaire d’exposition suisse Harald Szeemann qui organisa la célèbre exposition « When Attitudes Become Form », l’artiste roumain André Cadere ou le jeune Alfred Pacquement (par la suite directeur du musée national d’Art moderne) qui réalisèrent un des Wall Drawings de LeWitt à la galerie Yvon Lambert et contribuèrent ainsi à faire connaître le travail de l’artiste au public français.

Enfin, Yvon Lambert dépeint les innovations simultanées de Carl Andre, Robert Barry, Donald Judd, Robert Mangold ou Robert Ryman et la manière dont ces jeunes artistes ont redéfini la manière de penser et d’appréhender l’art. Il insiste sur la position particulière de LeWitt, grand acteur du minimalisme mais aussi précurseur de l’art conceptuel, auteur des Paragraphes sur l’art conceptuel publiés dans la revue Art Forum en 1967. À ce titre, la courte biographie de l’artiste qui précède l’entretien permet de saisir l’importance de la méthode artistique inventée par LeWitt. Elle revient également sur son parcours et ses influences.

De belle facture, ce livre bilingue franco-anglais est paru en librairie le 3 avril.

Sol LeWitt, Les Cahiers de la collection Lambert, Actes Sud, Avril 2019, 19,50 €

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