« Paranormal Investigation » de Franck Phelizon : un hymne au Found footage

« Paranormal Investigation » de Franck Phelizon : un hymne au Found footage
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Quel est le point commun entre REC, le Projet Blair Witch, Paranormal Activity et Paranormal Investigation ? La technique du « Found footage ».  Ce dispositif, souvent utilisé au cinéma à des fins horrifiques, consiste à réutiliser de la pellicule ou des bandes vidéo afin de créer un nouvel objet filmique. Une sorte de recyclage, de détournement, de réappropriation de matériaux bruts qui alimente la paranoïa du spectateur, s’interrogeant en permanence sur le caractère authentique de ce qu’il voit à l’écran.

Le procédé esthétique, consistant à présenter une partie – ou la totalité d’une oeuvre – comme étant un document authentique, ne date pas d’hier. Déjà dans la littérature épistolaire, notamment lorsque le sujet était subversif, les auteurs n’hésitaient pas à mentionner dans leur prologue la véracité de leurs lettres. « Cet ouvrage, ou plutôt ce recueil (…) ne contient pourtant que le plus petit nombre des lettres qui composaient la totalité de la correspondance dont il est extrait » : ainsi commence la préface des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos (1782), un roman épistolaire présenté comme un recueil de lettres véritables. Une convention fondatrice du genre qui donne à lire au lecteur des lettres, souvent intimes, écrites à la première personne, et fonctionnant comme un puissant effet de réel.

Dans le cinéma d’épouvante, cette ambiguïté entre fiction et réalité et professionnel et amateur est exacerbée par l’utilisation du found footage. Ruggero Deodato, réalisateur de Cannibal Holocaust (1980) et pionnier du genre, fut même arrêté et dut prouver que les bandes vidéo « retrouvées » de son film étaient fausses et que ses acteurs ne s’étaient pas fait manger par de vrais anthropophages. Dans un genre un peu similaire, le film Ring (1998) de Hideo Nakata, énorme succès du box-office asiatique et phénomène de société au Japon, met en scène une vidéo dont le visionnage provoque une malédiction chez ses spectateurs. La mise en abyme est d’ailleurs poussée à son paroxysme : la vidéo montre une petite fille qui s’avance vers la caméra et qui finit par sortir d’un téléviseur. Impossible, face à ce personnage qui perce l’écran de la fiction, de ne pas imager qu’il puisse également sortir de notre propre écran, et percer l’écran du réel.

Paranormal Investigation : le found footage remis au goût du jour

 

Paranormal investigation, disponible sur Netflix, recommandé jusqu’à 97 % par les spectateurs et affiché à plusieurs reprises dans les plus gros succès de la plateforme, renouvelle magistralement ce dispositif. La frontière entre fiction/réalité et cinéma professionnel/cinéma amateur s’efface dès les premières secondes du film. Paranormal investigation raconte les aventures d’Andrei, 29 ans, chasseur de fantômes professionnel, qui vient en aide à Dylan, qui se dit habité par un esprit. Pour cela, Andrei décide de planter des caméras dans une maison hantée. Ces caméras s’apparentent ainsi comme le seul outil capable de filtrer la fiction et de capter le réel. L’immersion est immédiate et l’effroi total. «Je joue avec les fantasmes du public et avec ses peurs infantiles», confie le réalisateur de Paranormal investigation, Franck Phelizon, dans les colonnes du Parisien.

Auteur de KickBack (2015), premier film français de « e-cinéma », Franck Phelizon est un précurseur qui joue avec les nouvelles technologies. Il savait déjà en 2015 que son public n’avait plus besoin de se rendre en salle pour visionner ses films. Car qu’y a-t-il de plus effrayant que de visionner chez soi, dans un espace a priori protégé, un film d’épouvante ? Franck Phelizon connait bien le public des films de fantômes : Un public jeune, aguerri aux nouvelles technologies, et qui connait la dramaturgie des films YouTube. La plateforme étant devenue avec le temps le terrain de jeu des chasseurs de fantômes. Des films garantis sans trucage et suivis par des centaines de milliers de fans partout dans le monde.

Résultat, devant Paranormal investigation, le spectateur a l’impression d’être immergé dans un vrai film amateur. Et la technique du found footage fonctionne à plein tube. Elle permet un effet de réel si saisissant qu’elle provoque parfois chez certains spectateurs des symptômes physiques : la « cinétose », la maladie de la simulation, qui touche également les personnes qui jouent aux jeux vidéo ou qui utilisent des simulateurs. Des symptômes qui ne devraient pas s’arranger avec la généralisation de la réalité augmentée.

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