Vous avez rendez-vous avec la lune au Centre Pompidou

Vous avez rendez-vous avec la lune au Centre Pompidou
Scénographie de l'exposition. Copyright Julien Wagner.
À voir

50 ans après Neil Armstrong, c’est au public de désormais poser un pied sur la lune. Mais une lune artistique cette fois-ci, avec la 14e édition du festival pluridisciplinaire de l’image en mouvement Hors Pistes, au Centre Pompidou.

A l’étage moins un du Centre Pompidou, c’est une impression hors du temps qui nous submerge. Sommes-nous dans un salon qui projette en boucle les premiers pas de Neil Armstrong sur l’astre lunaire (700 millions de spectateurs à l’époque, tout de même !) ou dans une immense performance artistique dédiée au satellite naturel de la Terre ? Les petits plats ont été mis dans les grands pour cette nouvelle édition du festival Hors Pistes (jusqu’au 3 février inclus), avec la participation d’une cinquantaine d’artistes issus de tous les horizons, de la vidéo à la sculpture, du dessin à la photographie.

Ouverture de l’exposition. Copyright Julien Wagner.

 

La lune source de fantasmes. Il faut dire que la lune a, pendant longtemps, un objet de fantasmes, tant que la science ne pouvait l’expliquer. Les artistes se chargèrent alors de l’imaginer, lui donner textures et reliefs, de l’inventer à travers des récits fantastiques ou des illustrations étonnantes, s’attendant à rencontrer à tout moment les sélénites, ses fameux habitants. Des projections à la fois utopiques et dystopiques qui ont fait de la lune une héroïne de fiction. Même après coup, quand on en a su plus sur l’astre dont on ne voit qu’une seule face, l’imagination ne s’est pas arrêtée là, en témoignent certains films présentés lors de ce Hors Pistes exceptionnel : Georges Méliès ne pouvait être absent de cet événement, de même que de nombreux artistes qui présentent ici installations, projections, sculptures et performances d’un autre monde, de Chris Marker à Joan Jonas, en passant par Cristina de Middel ou Adelin Schweitzer. Des artistes internationaux qui n’ont eu de cesse de poétiser ou politiser notre lune dans leurs représentations et depuis, 12 astronautes ont eu la chance de poser leur pied sur la lune, avant de prochaines expéditions prévues après plus de 47 années d’interruption pour gagner d’autres horizons interstellaires.

« Fallen Astronaut » de Paul Van Hoeydonck.

 

Des sculptures sur la lune ? L’exposition présente aussi l’inmontrable, avec une réplique de la toute première sculpture qui été déposée sur la lune. Il s’agit de Fallen Astronaut, en aluminium, réalisée par l’artiste belge Paul Van Hoeydonck qui la créa en 1971. Elle fut déposée sur la lune, sur la base Hadley, lors de l’expédition d’Apollo 15, devant une plaque commémorative honorant les 14 cosmonautes et astronautes morts depuis les débuts de l’exploration spatiale. Depuis, l’artiste continue de vouer son art aux mystères de l’espace, espérant que l’Homme finira par conquérir d’autres planètes. On peut également voir Moonark de Lowry Burgess, sculpture pentagonale créée en 2016 et qui sera envoyée à son tour sur le sol lunaire en 2020.

« MOONARK » de Lowry Burgess, Carnegie Mellon University, 2016.

 

L’histoire dans l’Histoire. Autre moment fort de l’exposition, la grande salle, scénographiée par le collectif Planète Laboratoire. On y retrouve l’histoire des ingénieurs qui ont mené toutes les expérimentations nécessaires pour le programme lunaire jusqu’à sa réussite en 1969. Une vitrine donne à voir des documents exclusifs de la presse américaine datant de 1946 sur le transfert de fusées V2 et la participation d’anciens ingénieurs nazis sur le site d’essai spatial White Sands aux Etats-Unis. Mais aussi la chasse aux sorcières pendant le maccarthysme des scientifiques californiens considérés alors comme communistes. Un film d’archives montre également différents documents historiques sur les enjeux politiques de la conquête spatiale, au moment de la Guerre Froide. Une autre vitrine, en revanche, est composée de documents issus de l’association des Astronautes Autonomes créée en 1995, ainsi que différents objets étonnants : des ardoises d’un toit de recherches spatiales ou un costume de cosmonaute… rural !

Scénographie de l’exposition. Copyright Julien Wagner.

 

Installations lunaires. Plusieurs installations atypiques ornent l’exposition, comme la série de photos The Afronauts de Cristina de Middel, revenant sur le rêve impossible de la Zambie de participer aussi au rêve lunaire, en créant une fusée en aluminium dans l’optique d’y envoyer une femme, deux chats et un missionnaire. Un projet qui resta à l’état de fantasme. On peut aussi entendre une création sonore de Laurie Bellanca et Benjamin Chaval avec des textes lus à haute voix de différents textes de la littérature revenant différentes représentations du cosmos. Dominique Blais propose quant à lui Phases of the Moon, une œuvre épistolaire qui évoque le passage du temps en fonction de la lunaison (l’intervalle de temps qui sépare deux nouvelles lunes, soit 29 jours environ). Sans oublier Le Continent noir, l’installation littéraire et science-fictionnelle de Laura Mannelli et Agnès de Cayeux. Ou encore la ciné-performance de Judith Cahen et Masa Egushi, L’Odeur de la lune vague après la pluie qui sera projetée le 2 février dans la petite salle du Centre Pompidou. La lune n’a pas fini de faire bouillonner l’imagination des artistes…

« The Afronauts » de Cristina de Middel.
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