Présentée jusqu’au 10 mars prochain à la Galeria Continua (Marais), Navigation privée marque la première exposition personnelle de Jorge Macchi dans cet espace parisien. L’enjeu ? Proposer un parcours qui interroge frontalement notre rapport contemporain à la mémoire.
L’absence devient une clé de lecture
Depuis les années 1990, Jorge Macchi développe une œuvre fondée sur le retrait et la rupture. Loin de toute démonstration purement formelle, Navigation privée articule ces principes avec une grande clarté, pour mieux nous inviter à changer de regard sur notre environnement physique et médiatique. Avec un fil rouge : ce qui est absent est aussi important pour le sens que ce qui est donné à voir.
Plusieurs oeuvres condensent cette logique. La lettre volée est une carte postale partiellement encastrée dans l’angle d’un mur. Une position qui réduit l’information à quelques fragments à peine lisibles. Aide-mémoire ne montre plus l’image : seulement la trace laissée par son absence. Chez Macchi, l’objet s’efface pour ne laisser qu’un souvenir fugitif. Le regard ne sert plus à consommer des images, mais plutôt à interpréter ce qui se dévoile devant lui.
Navigation privée : la jonction avec nos usages numériques
Le titre Navigation privée inscrit explicitement l’exposition dans une réflexion sur les usages numériques. Mais ici, la promesse d’effacement est immédiatement désamorcée. Avec L’espion, une structure cubique qui permet d’observer tout en exposant le corps de l’observateur, Macchi renverse le concept d’invisibilité. Car regarder, c’est déjà être pris dans la toile du dispositif.
Cette installation se prolonge dans Les vagues, une installation de peintures circulaires qui évoque le clavier d’une machine à écrire dont les signes s’effacent progressivement. Le langage, outil de communication par excellence, devient défaillant. Il disparaît petit à petit.
Navigation privée trouve une résonance particulière dans notre époque actuelle. Elle souligne que le contrôle sur les données, sur les images et sur les récits n’est rien d’autre qu’une illusion. En plaçant le spectateur face à ce qui lui échappe, Jorge Macchi rappelle donc que voir n’est jamais un acte passif. Mais il s’agit plutôt d’une construction fragile et toujours inachevée.
Jorge Macchi – Exposition Navigation privée
Galeria Continua du 16 janvier au 10 mars 2026
