En réunissant les deux artistes dans l’exposition A minima, la galerie Mennour ne cherche ni la filiation évidente ni le dialogue spectaculaire. Elle propose plutôt une confrontation exigeante qui interroge notre manière de regarder l’art aujourd’hui. Pourquoi rapprocher, en 2026, un peintre français disparu depuis près de quarante ans et un artiste brésilien contemporain ? Parce que leurs œuvres posent une même question devenue centrale. Que peut encore faire une forme quand elle renonce à l’effet ?
Degottex : la peinture de l’épure
À la fin de sa vie, Jean Degottex pousse la peinture dans une logique extrême de l’épure. Le geste du peintre se fait moins affirmé. Et il préfère travailler des traces ténues, des frottements, des tensions à la surface de sa toile. À l’aube de la société du tout-image, Jean Degottex propose de résister à la consommation trop rapide des œuvres visuelles.
Ce moment de son œuvre, quelques années avant sa mort en 1988, a longtemps été perçu comme une période d’austérité. Mais il apparait aujourd’hui d’une grande actualité. L’artiste français ne réduit pas l’image pour la simplifier, mais plutôt pour travailler sur la notion de persistance. Ainsi la toile redevient un espace d’attention. Elle ne montre pas : elle retient le regard. Dans un contexte saturé de formes et de messages, cette économie radicale agit comme un nécessaire contrepoint critique.
Sidival Fila : la matérialité du silence
Face au travail de Jean Degottex, Sidival Fila ne répond pas par la peinture mais par le textile. Pourtant, la suite logique s’établit clairement. Car l’artiste brésilien travaille lui aussi à partir d’un support a priori pauvre. Des étoffes usées, des draps ou encore des fragments de vêtements sont à l’origine de ses créations. Mais là où Degottex travaille sa toile, Fila utilise la matérialité du tissu pour sculpter la surface. Une approche ludique dans laquelle chaque support textile représente déjà un élément digne d’être observé. C’est notamment le cas avec Senza Titolo, une œuvre de 2025 hommage à Degottex pour laquelle Sidival Fila travaille une doublure en lin du XIXe siècle en la coupant, en la cousant puis en la tendant sur un châssis.
La surface comme lieu de tension, voilà le fil de l’exposition A minima. Si cette confrontation est pertinente aujourd’hui, c’est qu’elle propose une alternative claire aux esthétiques de la surenchère. Degottex et Fila rappellent qu’un art minimal n’est pas un art pauvre, mais plutôt un art de la justesse.
Exposition A minima
Galerie Mennour, Paris
Du 15 janvier au 21 février 2026
