L’acquisition récente des deux totems The Gatekeepers Fire et Water d’Ali Cherri symbolisant le feu et l’eau est à l’origine de l’exposition Les Veilleurs qui se tient jusqu’au 4 janvier 2025 au MAC. Durant un an, dans un dialogue fertile avec les musées de Marseille, Ali Cherri a choisi des pièces à partir desquelles il a proposé des échos : une relecture de son propre travail artistique à la fois de l’ordre du dessin, de la sculpture, de la performance et de la vidéo.
L’artiste interroge le regard que nous, occidentaux, portons sur les biens culturels, leur déplacement, la place qu’ils occupent dans les réserves et leur exposition auprès du public. Mis sur une même horizontalité dans une scénographie qui nous permet de les voir ensemble, objets et œuvres d’Ali Cherri entrent en résonance. Ces éléments issus du Muséum d’histoire naturelle et du Musée des Beaux-Arts ainsi réunis nous parlent, transmettent selon l’artiste, une nouvelle aura. « Je suis à l’écoute des objets. Je souhaite enlever le masque de sens que le musée leur impose, les libérer, les regarder et les laisser nous regarder » explique-t-il. Des statuettes égyptiennes, un bas-relief assyrien provenant d’Irak, des figurines en argile modelées à Chypre, des sculptures fragmentaires grecques et romaines témoignent de la diversité culturelle de l’espace méditerranéen durant l’Antiquité. À la vue des visiteurs, ces objets témoignent des entrelacements et des croisements qui s’opèrent entre les cultures.
Une première photographie des réserves de Marseille nous accueille, telle une porte nous ouvrant la voie pour découvrir un premier agencement de pièces relatives à des visages, des regards, des masques, des figures du sommeil, des chimères, installés sur une table à hauteur du regard. Ali Cherri voit en ces visages des potentiels pour raconter des récits… Plusieurs œuvres présentées font écho à celles de Giacometti, créées à l’occasion de l’exposition qu’a eue l’artiste à l’Institut Giacometti, à Paris, en 2024. Ensuite, nous pouvons nous attarder sur des pièces relatives à des oiseaux. Un faucon naturalisé, une sculpture en bois entrent en résonance avec l’installation La Mort dans l’âme pour laquelle l’artiste a épinglé sur un bureau une série d’aquarelles d’oiseaux réalisées pendant le confinement.
La vulnérabilité, la fragilité des matériaux intéressent également l’artiste. Les œuvres de la série Mud Capsul (2020), où des artefacts de sa propre collection sont insérés dans des briques de terre séchée, renvoient à une forme de soin, de greffe. Elles dialoguent avec les ouchebtis, des petites statuettes présentes en grand nombre dans les tombes royales, prélevés sur des sites antiques égyptiens. La troisième section de l’exposition est consacrée au genre de la nature-morte avec notamment la présence de peintures issues du musée de Beaux-Arts, telles que les huiles sur bois de Stanislas Torrents, en conversation avec les aquarelles sur papier de l’artiste représentant des pommes à différents stades de pourrissement. L’exposition se clôt sur les deux totems The Gatekeepers Fire et Water composés d’objets de curiosité, achetés lors de ventes aux enchères ou auprès d’antiquaires. L’artiste leur redonne une certaine présence : « Je rassemble des figures inspirées du règne animal, du monde aquatique ou d’êtres fictifs monstrueux, dans un hommage à l’âme de tous les animaux naturalisés logés dans le Muséum d’Histoire Naturelle, situé à quelques pas de là, dans l’aile opposée du Palais Longchamp. » Ses œuvres pourraient être perçues comme les gardiens de l’exposition…
Ali Cherri tend à nous donner à voir le parcours de l’objet historique, de sa considération comme curiosité jusqu’à acquérir une certaine valeur dans un musée ou sur le marché de l’art. Son choix de ne pas accompagner les pièces de cartels, avec des références géographiques, brouille les repères et nous incite à établir nous-mêmes des parallèles entre celles-ci. Son choix de ne pas accompagner les pièces de cartels avec des références géographiques brouille les repères et nous incite à établir nous-mêmes des parallèles entre elles. À nous, selon nos souhaits, de plonger dans le livret de visite pour découvrir les histoires des œuvres issues des collections, leur provenance et parfois leur utilisation. Le parcours de cette exposition nous invite alors à prendre le temps d’aiguiser notre curiosité, de nous ouvrir aux divers récits que les objets issus de diverses cultures ont à nous raconter.
