Comment expliquer l’arrestation d’Inigo Philbrick ?

Comment expliquer l’arrestation d’Inigo Philbrick ?
Personnalités  -   Collectionneurs

Inigo Philbrick, le mystérieux, sulfureux, jeune et beau marchand d’art contemporain, qui a disparu en octobre dernier après avoir été accusé d’avoir escroqué des clients de plus de 20 millions de dollars, a été arrêté la semaine dernière sur l’île de Vanuatu, dans le Pacifique.

Le FBI a publié un communiqué annonçant son arrestation et détaillant les prochaines étapes de la procédure. Philbrick sera transporté à Guam et devrait comparaître devant un tribunal fédéral de Manhattan dans les prochaines semaines.

« Conformément avec ce qui lui a été reproché, Inigo Philbrick était un escroc en série qui a trompé des collectionneurs d’art, des investisseurs et des prêteurs et a empoché plus de 20 millions de dollars », a déclaré le procureur américain Geoffrey S. Berman dans un communiqué. « Vous ne pouvez pas vendre plus de 100 % des parts d’une seule œuvre d’art, ce que Philbrick aurait fait, entre autres arnaques. Lorsque la vérité a commencé à se faire sur ses manigances, Philbrick aurait fui le pays. Il est actuellement détenu aux États-Unis et sera jugé. »

L’affaire Philbrick a fait la une des journaux pour la première fois en octobre de l’année dernière, après que le groupe financier allemand, Fine Art Partners, l’ait attaqué en justice devant un tribunal de Floride, au motif qu’il détenait frauduleusement des œuvres d’artistes comme Donald Judd, Christopher Wool, Yayoi Kusama, entre autres – des pièces ensemble estimées à plusieurs millions de dollars. L’œuvre la plus controversée en question était une installation de Kusama, « Infinity Mirror Room », que Philbrick avait refusé de rendre.

L’ouverture de cette affaire a inspiré une série d’actions pour fraude visant également Philbrick. Peu de temps après, Guzzini Properties Ltd, une société spécialisée dans la collection d’art, a également intenté un procès à Philbrick à New York cette fois, affirmant qu’elle avait financé son achat d’un tableau de Rudolf Stingel, qu’il a ensuite vendu sans leur autorisation ou même le leur notifier. Un mois noir pour Philbrick, car peu de temps après ces poursuites, un tribunal britannique a procédé au gel de ses avoirs.

Avant ces scandales et son travail en tant que « flipper » (acheteur et revendeur rapide d’œuvres visant à réaliser un important profit), Philbrick avait dirigé une galerie implantée à New York et à Londres. On prêtait volontiers au marchand un avenir brillant, et il était soutenu par des sommités comme Jay Jopling, le fondateur de la galerie White Cube, où Philbrick a travaillé.

Un article sur Philbrick dans ARTnews décrit son entreprise comme une « escroquerie », ajoutant que « les transactions et les actifs achetés puis vendus étaient bien réels, mais tout cela s’appuyait sur un tissu de mensonges ». Kenny Schachter d’Artnet News, qui affirme lui-aussi avoir été trompé par Philbrick, a écrit dans le New York Magazine que Philbrick était devenu un « mini- Madoff du monde de l’art », profitant du manque de transparence du marché, sans base de données centralisée sur la propriété et sans réglementation stricte, malgré les importantes sommes d’argent en jeu.

En pleine procédure, Philbrick a commodément disparu, ce qui a amené beaucoup de gens à spéculer sur son sort. Selon le FBI, ses enregistrements de vol indiquent qu’il a quitté les États-Unis avant que la presse ne relaie ses poursuites judiciaires en octobre et novembre derniers et qu’il résidait à Vanuatu depuis fin octobre.

Schachter a réagi à la nouvelle de l’arrestation de Philbrick dans une chronique datant du 16 juin sur Artnet. « Même si j’ai perdu une petite fortune, je ne peux pas dire que je suis heureux de ce dénouement ; oui, j’avais un peu peur pour ma sécurité – il a proféré de multiples menaces voilées à mon encontre, mais cette affaire est avant tout triste », a-t-il écrit. « C’est triste, à vrai dire, qu’il ait blessé tant de gens – et peu importe ce que vous pensez des riches spéculateurs en art, qui sont aussi des êtres humains (plus ou moins) … C’est triste que mes enfants se soient fait voler une partie de leur héritage … C’est aussi triste qu’une personne aussi brillante et talentueuse ait été aveuglée par la cupidité et l’orgueil et qu’elle implose de façon si spectaculaire. C’est vraiment dommage ».